Non, Tatiana n’est pas Russe. Elle fait pourtant le pont entre l’Orient et l’Occident, entre l’Église latine et l’Église orthodoxe. Tatiana est morte pour la foi, pour l’Église, une, sainte et apostolique. Elle est fêtée par tous les chrétiens en janvier, le 12 ou le 25. Pénibles problèmes de réforme calendaire…

Châtiment sévère

Tatiana est née on ne sait trop quand d’on ne sait trop qui. Une certaine tradition en fait la fille d’un consul romain du IIIe siècle. Cette hypothétique origine aristocratique ne l’empêche pas d’être décapitée à Rome en 226 sous Sévère Alexandre pour un crime très grave : lèse-majesté.

Il fut un temps où être chrétien était dangereux en Occident. Tatiana est une bonne chrétienne et une bonne citoyenne : elle ne vole pas, ne ment pas, ne tue pas, paie ses impôts. Mais elle a la foi et cela met l’Empire en danger. Elle participe à des assemblées dominicales. Qu’y a-t-il de mal à cela ? Pour le pouvoir impérial, ces rassemblements religieux propagent des maladies, des virus et autres épidémies venues de l’étranger. Rien qui ne ressemble fort aux accusations portées par les media à l’encontre des chrétiens strasbourgeois voilà presque une année…

Gestes barrières

En effet, Tatiana refuse de sacrifier aux gestes barrières de son temps destinés à lutter contre toute sorte de maux terribles : la peste, les barbares, le délitement de l’Empire, etc. Afin de se prémunir de ces dangers récurrents qui menacent l’imperium romanum, les Anciens ont mis au point des rituels propitiatoires et apotropaïques dont le plus important consiste en la divinisation de l’Empereur. Un dieu vivant à la tête de l’État, quoi de mieux pour être sauvés ? Afin de diviniser l’homme qui prétend descendre de Jupiter, les citoyens sont obligés de lui offrir des sacrifices : répandre du vin sur le seuil des maisons, brûler un peu d’encens en son honneur, manger de la viande immolée aux idoles dans les banquets civiques, léguer 95 % de son patrimoine au divin César…

Délation éternelle

Malheur à celui ou celle qui refuse de s’y soumettre. Ce vilain citoyen est une menace pour la collectivité. Son manque de responsabilité civique met en danger autrui. Pour le bien supérieur de la société, l’individu récalcitrant doit être dénoncé aux autorités.

Une épidémie, un incendie, une invasion ? C’est la faute aux chrétiens ! Il n’y a pas de numéro vert ni de site internet « jedénoncemonvoisin.com » mais le principe reste le même. On dénonce les autres mais c’est pour leur bien, évidemment. On les empêche d’adorer Dieu parce que c’est dangereux et qu’ils ne le savent pas. Il faut remplacer l’eau bénite par du gel hydroalcoolique pour la sécurité de l’ensemble de la population. Dieu merci, l’Empire est là pour les sauver de leur foi inepte. Ou les brûler, s’ils refusent d’être sauvés. C’est ce qu’ont vécu juifs et chrétiens durant les persécutions qui s’étendent de Néron à Dioclétien.

Il est demandé au contrevenant d’abjurer sa foi et de faire comme tout le monde : être un gentil mouton. Tatiana, elle, sait qu’elle est une brebis perdue et pas un mouton. Que l’imperator n’est pas un berger, ou alors sanguinaire, et qu’il veut se faire dieu à la place de Dieu.

Je ne m’agenouille que devant Dieu

« Je ne m’agenouille que devant Dieu » a-t-elle vraisemblablement dit à ses juges. Ils ont beau la menacer des pires châtiments pour qu’elle abjure le nom de chrétienne, Tatiana n’en démord pas. Elle ne renie pas. Elle témoigne, jusqu’au bout, qu’elle est au Christ avant tout.

C’est qu’elle a une sacrée foi. Elle a retenu les paroles du Seigneur, « soyez mes témoins ». Parce que témoin et martyr, c’est le même mot. Le premier venant du latin, le second du grec. Et c’est pour témoigner du Christ que Tatiana s’avance vers ses bourreaux pour qu’on lui tonde les cheveux avant de la lacérer puis de la jeter au feu, toujours vivante. Là, les avis divergent : est-elle vraiment ressortie de la fournaise le corps intact et la louange de Dieu à la bouche ? A-t-elle été offerte aux lions avant d’être décapitée ?

Quoi qu’il en soit, Tatiana n’a pas abjuré et elle est née au Ciel, témoin de la foi reçue des apôtres, le 12 janvier 226.

Elodie Perolini

2 Commentaires

  1. un peu hardi comme comparaison, ça manque de nuance : les gestes barrières sont des préconisations sanitaires et n’ont pas de dimension religieuse. Si l’on ne supporte pas de porter un masque, je doute qu’on supporte la croix !

    • C’est la nouvelle traduction liturgique de Jean 12.25 ? Il est bien évident que la nouvelle religion du bien-être n’a pas empêché les catholiques de rendre à Dieu le culte qui lui est dû. J’ai fait un chapelet pour vous mon père.

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