SACRÉE VIE DE SAINT – Chaque mercredi, reprenez confiance en vous et découvrez que vous aussi, vous pouvez y arriver, en lisant la vie d’une figure de sainteté qui n’a pas été que joie, plénitude et prière.

Thomas Becket (Londres 1120 – Canterbury 1170), archevêque de Canterbury et martyr de l’Église est fêté le 28 décembre.

Continuons notre chemin de sainteté dans la joie de l’octave de Noël avec Thomas Becket, fils de bourge devenu saint, décapité dans sa propre église pendant la Messe.

Amour, gloire et beauté

Thomas naît à Londres dans une famille de riches marchands normands : Gilbert et Mathilde. Bourgeois millionnaire et beau-gosse, Thomas est en plus doté d’une intelligence stupéfiante qui le distingue de ses classards. Scolarisé à l’école-cathédrale de Canterbury, il poursuit son cursus à l’université de droit de Bologne.

De retour au pays où ceux qui ne meurent pas de pneumonie à vingt ans décèdent d’une cirrhose à cinquante, Thomas est remarqué par Thibaut du Bec, archevêque de Canterbury et primat d’Angleterre, qui le choisit comme archidiacre. La date de son ordination est incertaine.

Efficace et courtisan zélé, Thomas n’échappe pas non plus à l’œil de son souverain Henri II Plantagenêt. Il faut dire que ce jeune puits de science est un fêtard invétéré, pilier de taverne, capable d’évoluer dans tous les milieux, surtout les sphères d’influence. Le roi fait de Thomas son chancelier en 1155. Le chancelier accomplit des merveilles au service du pouvoir royal à tel point qu’il en oublie sa dignité de prêtre… et Henri II aussi.

En 1161, la mort de Thibaut du Bec laisse vacant le siège épiscopal de Canterbury. C’est avec une pleine confiance dans son protégé qui a su gravir les échelons de la société qu’Henri désigne Thomas comme archevêque. Quoi de mieux qu’un familier sur le seul siège susceptible de faire de l’ombre au trône ?

Le visage pas marrant de Dieu

Bien mal lui en prit ! Que se passa-t-il le 3 juin 1162 lorsque Thomas reçut en plénitude le sacrement de l’ordre ? Nul ne le sait. Peut-être, sans doute, cela a-t-il un quelconque rapport avec la grâce divine ou avec ces interminables minutes de prostration sur le sol humide et gelé de la cathédrale anglaise. A la stupéfaction générale, celle d’Henri II le premier, Thomas est métamorphosé par l’onction épiscopale (1). Finies les soirées mondaines entouré de dames et demoiselles, terminées les blagues, adieu les beuveries et les rôtis.

Devenu archevêque, Thomas se transforme en moine. Il dit à Henri II que sa fidélité va à l’Église, sa mère. Il tire d’elle sa dignité et sa position hiérarchique, supérieures à celles du roi en ce qui regarde les choses spirituelles mais aussi temporelles. Le comportement politiquement suicidaire de Thomas indique qu’il a pété une durite. Ça y est, il est fou de Dieu.

Thomas se dépouille de ses richesses. Il se met au service des indigents. Chaque jour, il lave les pieds de treize pauvres avant de les nourrir et de leur donner quatre deniers d’argent. Il entreprend même ce que le christianisme ne propose plus aux fidèles : la macération. Oui, c’est un mot aussi peu ragoutant que la réalité qu’il désigne. En plus des jeûnes répétés, Thomas maltraite son corps avec un cilice caché sous son habit ecclésiastique rutilant.

Mon Dieu, mon Roi et mon droit

Henri II serre patiemment, attendant que celui qu’il a fait archevêque se soumette aux Constitutions de Clarendon. A bout de patience, il traduit en justice Thomas qui n’en démord pas : « non serviam ». Il ne sert plus que Dieu et la Sainte Église Catholique Romaine. La situation menaçant de partir en sucette, Thomas part à Sandwich d’où il embarque pour la France en 1164. Terre de liberté parsemée d’antiques monastères, l’archevêque y devient moine à Sens.

Alors fou de rage, Henri II condamne à l’exil toute la famille Becket, s’approprie leurs biens ainsi que les possessions attachées à l’archevêché de Canterbury. Las, seul le titre d’archevêque résiste au roi. C’est depuis la France que le Primat exerce ses prérogatives. Plus de six longues années d’exil durant lesquelles, buté comme un âne, Thomas en appelle au Pape contre son roi. Menacé d’excommunication par Alexandre III, Henri II invite Thomas à rentrer dans son royaume pour y faire la paix.

La paix de Dieu

Thomas revient à Canterbury en décembre 1170 avec la même idée fixe : défendre les droits de l’Église face aux puissants. Pour signifier à tous qu’il n’a rien oublié des crimes commis contre les biens ecclésiastiques en son absence, Thomas excommunie les évêques et courtisans qui ont participé à ces sacrilèges et entend bien qu’ils soient dûment réparés.

Or, comme l’on peut s’y attendre, Henri II n’est pas non plus décidé à céder face à un moine fût-il archevêque et brillant esprit du siècle. « N’y aura-t-il personne pour me débarrasser de ce prêtre turbulent ? » demande Henri. Puisque le roi a des amis dévoués à défaut d’être bons chrétiens, quatre chevaliers partent aussitôt à Canterbury. C’est en armes, avec heaumes et cotes de mailles, qu’ils pénètrent dans la cathédrale. La cacophonie métallique, ayant tôt fait de troubler la célébration liturgique, détourne Thomas du saint office.

– « Qui cherchez-vous ?

Thomas.

Me voici. »

Un parfait décalque du Christ. En même temps, il avait pas mal cherché les embrouilles donc il n’était pas vraiment surpris par l’issue de la tragédie. L’archevêque, toujours en état de grâce depuis son ordination, ne se soucie point de son âme. Seulement de ses prêtres à qui il exige qu’il ne soit point fait de mal. Agenouillé devant l’autel du sacrifice, Thomas attend ses bourreaux dont trois tirent l’épée. Le premier lui décapite le sommet du crâne d’un coup net jusqu’à en faire jaillir la cervelle, frappant encore deux ou trois coups pour faire gicler le sang jusqu’à repeindre les murs. Enfin, c’est ce que raconte Jacques de Voragine qui aime beaucoup les martyrs sanglants.

Miséricorde divine

Henri II, après-coup, regrette d’avoir tué l’archevêque alors qu’il célébrait la Sainte Messe du cinquième jour de l’octave de Noël. C’est qu’il risque de finir en enfer dites donc !

Il fait pénitence publique sur la tombe du martyr, pieds nus et en chemise, il implore le pardon du Pape. Il le lui accorde bien volontiers et canonise l’archevêque moins de trois ans après sa mort. Tout est bien qui finit bien.

Pas pour Jacques de Voragine, toujours lui, qui a une vision très personnelle de la miséricorde divine. Il affirme que « la vengeance du Ciel s’abattit » sur les meurtriers : « les uns se mangèrent les doigts, d’autres pourrirent vivants, d’autres furent paralysés, d’autres encore en perdirent la raison. »

Elodie Perolini

(1)Le sacrement de l’ordre a trois degrés : épiscopal, presbytéral et diaconal. Seul l’épiscopat confère la plénitude du sacerdoce (voir chapitres 1555 et suivants du Catéchisme de l’Eglise Catholique)

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici