Yi Yun-il (Hangju 1823-1861 Daegu), canonisé sous le nom de Jean, a été martyrisé par des gentils Coréens qui se défendaient contre des méchants envahisseurs occidentaux esclavagistes et impérialistes.

Merci saint François-Xavier

Yun-il est son prénom. En Corée, le nom de famille précède le prénom, la parenté prime sur l’individu. Même si Yun-il pense différemment de nous puisqu’il est étranger, il est catholique, né dans une famille catholique avant même l’arrivée des missionnaires français.

Comment cela se fait-il ? C’est grâce à saint François-Xavier mort presque trois cents ans avant la naissance de Yun-il. Le cofondateur des Jésuites a écumé toutes les mers extrême-orientales pour annoncer l’Évangile à nos frères asiatiques. Ce n’est pas en vain que saint François-Xavier est mort à Shangchuan d’une maladie dont les Chinois ont le secret. Les tout petits germes de foi qu’il a semés, si dérisoires en apparence, ont pris racine au-delà de toute espérance.

Malgré les persécutions, la fermeture des frontières, l’absence de prêtres, de Bible et de Sainte Eucharistie, la foi catholique s’est maintenue dans des petits groupes de fidèles en Chine et au Japon pendant trois cents ans. Enseignée par un saint, la foi conservée intacte a été transmise, dans le secret, de génération en génération, sous le regard de la Sainte Vierge Marie que ces chrétiens des catacombes invoquaient chaque jour dans le rosaire. Trois cents ans, des chapelets, quelques livres de spiritualité copiés dans l’ombre pour parvenir jusqu’à la Corée et à Jean Yi Yun-il.

Décapitations à tour de bras

Yun-il est un coréen lambda, gentil père de famille nombreuse, paysan laborieux. La seule chose qui le différencie de ses compatriotes, c’est qu’il est catholique. Ça les ennuie, parce qu’il refuse de pratiquer le culte des ancêtres. Parler avec les morts, ce n’est pas catholique et Jean le sait. Donc il s’abstient de le faire. En plus, il se fait appeler Jean… Ça fait beaucoup d’excentricités pour un seul Coréen. Il faut les comprendre, la k-pop* n’a pas encore été inventée. Jean est catéchiste et consacre ses rares heures creuses à enseigner la foi à ses frères et sœurs.

En 1866, les Coréens, qui n’aiment pas les étrangers, leur visage pâle, leurs manières, leurs habits et leur foi, craignent que la religion qu’ils amènent avec eux ne déstabilise leur société. C’est une drôle d’idée quand même d’être xénophobes. Ce devrait être l’apanage du patriarcat binaire blanc catholique de plus de cinquante ans, non ?

Enfin, le principe de réalité étant têtu, le régent de Corée décide d’exterminer par la force la religion chrétienne. Après avoir décapité pour l’exemple les missionnaires français, il veut extirper le mal enraciné dans les campagnes. La police ratisse chaque village à la recherche de catholiques à torturer. Avant de les torturer, on leur demande d’abjurer bien sûr. Les Coréens sont des gens normaux. Ils ne s’entre-tuent pas par plaisir. Ils suivent des procédures.

Jean, le soixante-huitard de l’extrême

Donc Jean Yi Yun-il, sachant qu’il sera torturé puis exécuté pour le nom du Christ, quand la police lui demande s’il est chrétien, répond : « oui, je suis chrétien » ! Quand on lui demande s’il connaît d’autres chrétiens, il répond : « non » ! Parce qu’on ne dénonce pas les autres, c’est plus vilain que de mentir.

Emprisonné en décembre, Yun-il est torturé à deux reprises mais il garde la foi. Il prend soin des autres, il continue le catéchisme dans les geôles, il prie. Il est heureux de mourir bientôt en martyr. Saint Jean son patron n’a-t-il pas lui aussi été condamné à cause du Messie ?

Plein de joie et de pardon pour ses bourreaux, dans la paix de Dieu Yun-il pose la tête sur le billot, attendant la lame qui fait entrer son âme au Ciel le 21 janvier 1867.

Pendant que l’Occident meurt de son désir de jouir sans entrave, Yun-il est béatifié le 6 octobre 1968.

Elodie Perolini

*Korean pop : genre musical coréen

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