Fulcran est né dans l’Hérault vers 926. Petit point de situation pour les adeptes du « c’était mieux avant » : au Xème siècle, point positif certes, les invasions se sont calmées, du coup on n’a plus à se soucier de sa survie quotidienne. En revanche, il est temps qu’on organise un peu la vie commune. Et c’est un sacré bazar : les seigneurs se mettent sur le coin du nez tous les quatre matins, briment les populations laborieuses, la discipline dans les couvents se relâche et les prêtres sont plutôt incultes.

Heureusement, une lecture littérale de l’Apocalypse fait que tout le monde est en flippe de la fin du monde au prochain passage du Millénaire. Résultat, l’Eglise est le point de référence morale pour éviter l’enfer et bénéficie d’une grande influence (et aussi de pas mal de donations).

Fulcran arrive dans cette ambiance et l’on voit bien que Dieu donne à chaque temps les saints dont il a besoin. Il est blindé d’oseille, brillant, bien élevé et vertueux. L’évêque de Lodève le repère et lorsque ce dernier meurt, tout le monde souhaite que Fulcran le remplace du haut de ses 23 ans. Notre sage bonhomme se planque, sachant bien que la gloire est aussi utile pour qui cherche la sainteté que des chaussettes à un chat ou un collier de fonte à un nageur. Evidemment il est retrouvé, élu évêque et le restera pendant 56 ans ! Battle avec Elizabeth II !

Ni une ni deux, il prend sa charge à bras le corps, s’occupant autant des questions spirituelles que des questions matérielles et temporelles. Le boss à Lodève c’est Fulcran. Il reconstruit la cathédrale, remet sur le droit chemin les monastères, s’occupe des pauvres, reprend vertement les riches qui croient que c’est open bar côté sexe drogue et rock’n roll.

Fulcran a dépensé des fortunes en cierges

Il participe au concile du Puy en 990 qui initie la trêve de Dieu : on protège les populations non armées, les pèlerins, les pauvres. Genre si tu piques du bétail à un pauvre, paf ! T’es anathème. Dix ans avant la fin du monde, ce n’est pas vraiment le moment de se fâcher avec Dieu. De là en partie, la féodalité se met (presque) doucement en place, les seigneurs protègent, l’Eglise enseigne, soigne et guide moralement, le peuple travaille et produit. Chacun a besoin de l’autre. Fulcran cartonne.

Et puis un jour patatras, il déconne grave : à propos d’un évêque du coin qui se serait converti au judaïsme, il dit qu’il faudrait le buter. La population obéit derechef. Horreur. Stupéfaction. Fulcran se dit que c’est tout de sa faute et file à Rome en pénitence. Il ira trois fois dit-on, marquant ainsi son allégeance au Pape et son attachement à l’Eglise.

Sinon, à toi qui mets un cierge à l’église parce que ça te parle, sache que Fulcran aimait ça aussi. On sait qu’il a payé des cierges permanents devant une statue de la Vierge et devant une relique de la Sainte Croix.

Depuis sa mort en 1006 c’est un truc de dingue : les miracles se succèdent jusqu’à aujourd’hui. Des aveugles voient, des boiteux marchent, des démons sont expulsés et même des prisonniers libérés qui viendront déposer leurs fers au pied de sa statue. Et depuis 1000 ans, tous les soirs à 19h à la cathédrale de Lodève, on sonne le glas en mémoire de Saint Fulcran.

Une citation probablement apocryphe pour finir : « moi je prie pour toi de là-haut, à toi de jouer pour ton époque maintenant ! »

la Mouche du coche

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