A l’approche de Noël, tout parent se demande s’il est très catholique de faire croire à son enfant que c’est le Père Noël qui vient déposer les cadeaux.

Croyance au Père Noël et christianisme peuvent cheminer, au contraire de certaines affirmations péremptoires, en bons compagnons de route. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si les adversaires du christianisme s’attaquent au Père Noël, conscients que le vieillard barbu coiffé d’un bonnet rouge symbolise malgré ses origines païennes, et en dépit du mercantilisme et du consumérisme qui le parasitent, la fête de la nativité. Il ne fait pas partie de la scène de la nativité elle-même, mais il intègre et anime la fête que la nativité suscite dans la société. Il ne faut pas oublier non plus qu’il est l’un des messagers de cette nativité au-delà de la sphère des croyants. Le Père Noël est avant tout un hommage que paganisme et mercantilisme rendent au christianisme.

Un résidu du paganisme qui se greffe sur le christianisme

Certes, la croyance au Père Noël est un résidu du paganisme. Mais ce n’est pas un résidu hostile au christianisme ; bien au contraire. Cette croyance sait qu’elle ne peut subsister qu’en venant se greffer sur le récit de la naissance du Christ. Ses bénéfices sont évidents. Il faut la voir comme une croyance pédagogique : à travers elle, l’enfant apprend qu’il existe un monde invisible autant que réel, tout comme il apprend peu à peu qu’il existe un être plus puissant que le père – Dieu, la société, l’employeur, etc…-, qu’il existe un vaste monde hors du douillet cocon familial, apprivoisant ainsi la lente découverte de la faillibilité du père. Cette croyance, passagère, n’est pas une foi. Elle est vouée à la déception. Elle est une préparation pédagogique à la déception. Le jour où, dans la conscience de l’enfant, la vérité se fait jour, est à la fois le moment d’une crise intérieure et d’un passage initiatique de l’enfant vers l’homme. La croyance au Père Noël initie aussi bien à la déception qu’à la découverte du monde réel. La déception s’éclipse au bout de quelques temps devant la joie de la découverte, la joie de savoir.

Différence entre croyance et foi

Revenons sur ce thème : cette croyance n’est pas une foi. L’historien Paul Veyne, dans son livre Les Grecs ont-ils cru à leur mythes ? a différencié la croyance de la foi. Au début de son ouvrage, avec une grande subtilité, il écrit : « Comment peut-on croire à moitié, ou croire des choses contradictoires ? Les enfants croient que le Père Noël leur apporte des jouets par la cheminée et que ces jouets y sont placés par leurs parents ; alors, croient-ils vraiment au Père Noël ? »[1].

« Le père noël renvoie à la distribution de cadeaux, à l’unité familiale, à l’univers commercial, et, à terme, à son propre effacement devant la vérité »

Robert Redeker

Quelques-uns s’offusquent : le Père Noël est une idole païenne. Ceux-là se trompent. Rappelons la pratique païenne : un culte est adressé à une image qui est tenue pour la divinité. Ce n’est pas ce qui se passe avec le Père Noël. Aucun culte ne lui est voué. En effet, il renvoie, au contraire des idoles du paganisme, images ou statues, à autre chose qu’à lui-même, à la nativité, à laquelle il s’est agrégé, mais à laquelle il ne prétend absolument pas ressembler, encore moins se substituer, à la distribution de cadeaux, à l’unité familiale, à l’univers commercial, et, à terme, à son propre effacement devant la vérité. Bref : le Père Noël est comme un mythe païen, mais sans l’idolâtrie. Il n’est pas du paganisme ; il est la simulation ludique et pédagogique du paganisme, délesté de toute idolâtrie, au sein d’un monde issu du  christianisme.

Il faut défendre le Père Noël. Le mythe inoffensif du Père Noël. Ou, pour le dire avec ironie et une pincée de provocation : s’il n’existait pas, les chrétiens devraient l’inventer !  

Robert Redeker, philosophe

*«Les Sentinelles d’humanité – Philosophie de l’héroïsme et de la sainteté», de Robert Redeker (Desclée de Brouwer, 2020, 300 p. 19,90 €).


[1] Paul Veyne, Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes?, Paris, Seuil, 1983, p.11.

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