La Conférence épiscopale catholique des États-Unis d’Amérique pourrait publier une injonction au président Biden et à d’autres hommes politiques catholiques de s’abstenir de communier s’ils maintiennent publiquement leurs positions favorables à l’avortement1. Joe Biden est le second président catholique de l’histoire étasunienne, le premier à y être favorable.

Les évêques ne sont pas unanimes sur le sujet. Certains déplorent qu’une telle admonestation polluerait les relations entre l’Église et le pouvoir, qui ont aussi d’autres sujets à traiter ensemble. Cela contribuerait à une polarisation de la société, et l’Eucharistie serait transformée en une sorte d’arme dont l’Église userait pour exiger la soumission du temporel.

D’autres mettent en avant le scandale qu’il y a à se présenter comme catholique fervent tout en s’opposant aux enseignements de l’Église sur un sujet aussi essentiel. Le cardinal Raymond Burke indique même que les promoteurs acharnés de l’avortement sont des apostats qui méritent l’excommunication, soit une sanction plus grave encore que la simple demande d’abstention.

Les signaux envoyés par l’administration Biden ne sont pas encourageants, vus de l’Église. Elle a supprimé les restrictions qui frappaient les subventions fédérales pour le Planning familial et pour le commerce des tissus de fœtus avortés. Elle a, en outre, permis la délivrance par courrier de pilules abortives après une simple consultation de télémédecine, en ces temps de pandémie de Covid-19.

La décision sera prise (ou non) en juin prochain. Il est possible qu’elle soit opposable à tous les évêques, ou que l’évêque du lieu où chacun de ces politiciens irait à la messe décide pour son diocèse. Il est aussi envisageable de demander au Vatican une approbation qui serait donnée, ou non, de façon formelle ou par omission de répondre.

Les relations entre le pouvoir politique et les autorités ecclésiastiques ont, jadis, conduit ces dernières à excommunier des souverains : pas moins de quatre Français (Philippe Ier, Louis VII, Henri IV, Napoléon Bonaparte), trois Anglais (Jean sans Terre, Henri VIII et Élisabeth Ire), deux empereurs romains germaniques (Henri IV, Frédéric II). La querelle du temporel et du spirituel n’est pas neuve, et de bien plus savants que moi l’ont analysée sous toutes les coutures. Serait-ce une quadrature du cercle ? Parfois, le catholique peut trouver timorée, timide, pusillanime l’attitude de certains ecclésiastiques face aux errements moraux qui transparaissent dans des décisions publiques : il se prend à rêver du Christ chassant les marchands du Temple. Confiteor, ça m’est arrivé. D’autres fois, il sera choqué par des immixtions inopportunes de l’Église chez César. Confiteor itou.

Le respect de la vie fait partie des points non négociables énoncés en 2006 par le pape émérite Benoît XVI. Cela implique effectivement que l’Église américaine doive dénoncer l’hypocrisie de se prétendre catholique et d’agir comme si les enseignements de l’Église étaient nuls et non avenus.

Le pape François a, en 2018, demandé à la Congrégation pour la doctrine de la foi de rendre inadmissible la peine de mort et de modifier en conséquence le Catéchisme de l’Église catholique. Ne nous leurrons pas. Les barbouzes, forces spéciales et militaires de toute nature des pays ayant aboli cette peine de mort (ou pas), continueront, sur ordre du politique, à commettre des exécutions extrajudiciaires, des assassinats ciblés, des opérations militaires légitimes ou non. Le pouvoir temporel se salit parfois les mains, par pragmatisme, parce que c’est plus simple ainsi, en invoquant Machiavel. Le citoyen lambda, lui, se lavera les mains qu’il n’a pas salies en se réjouissant de n’être ni celui qui décide ni celui qui exécute. Peut-être se bercera-t-il d’illusions en imaginant que toutes ces atteintes à la vie sont justifiées, pour prévenir par légitime défense des morts plus nombreuses. Nous sommes tous de formidables casuistes quand il s’agit de minimiser nos responsabilités, et le respect de la vie est à géométrie variable.

Est-ce que l’injonction de ne pas communier est légitime ? Oui. Est-elle opportune ? Je ne sais pas. C’est aux évêques américains de répondre. Moi, je ne suis qu’un Ponce Pilate de pacotille.

Rémy Mahoudeaux

(Article initialement paru chez Boulevard Voltaire)

1 https://apnews.com/article/health-coronavirus-government-and-politics-religion-22e0d1ba299fe8693013036e3cc85c81

4 Commentaires

  1. M. Mahoudeaux,
    Vous ne tranchez en rien dans cette polémique. L’enseignement de Notre-Seigneur passe ainsi à la trappe. Question toute simple : pourquoi nous donner votre avis, puisque vous n’en avez pas ?

    • M. Perrin,
      Ce n’est pas à moi de trancher, je ne suis pas évêque d’un diocèse américain. Ou plus exactement, je n’ai pas de doute sur la position morale qui doit être celle de la conférence épiscopale. Mais cet interdit, s’il est décidé, sera une déclaration de guerre. CEC 2309 nous indique 4 critères pour qu’une guerre soit juste. (1) dommages infligés graves durables certains ? OK ; (2) tous les autres moyens ont été utilisés sans succès ? je ne sais pas ; (3) conditions sérieuses de succès ? je ne sais pas ; (4) emploi de l’arme de l’interdit n’entraine pas de maux pires ? OK. 2 critères sur 4 pour lesquels je ne peux pas répondre ni me substituer aux évêques américains pour répondre. En outre, je répugne à voir l’Eucharistie instrumentalisée comme une arme. J’espère que l’Esprit-Saint soufflera tant chez les évêques que chez les politiques, et que chacun saura l’écouter.

  2. Personnellement, je trouve que l’ avortement comme les actes de guerre et toutes actions qui tue un ou des êtres humains sont stricto sensu profondément des aveux d’échecs et antiévangeliques .

    Les deux existent depuis le fond des temps et ont des aspects collectifs .
    les oukases et les punitions sont des remèdes dérisoires.
    Par contre , pour l’ avortement , il y a 3 personnes en jeu :la mère , le père et le petit promesse de vie encore innocente.
    L’ avortement est toujours une souffrance et un désordre pour la mère: c’est déjà une »sanction ».
    Pour le père , il est la plupart du temps dans le déni de responsabilité ou dans l’ indifférence de l’ acte créateur et ses conséquences et ne retiens que son plaisir ; c’ est en priorité lui qu ii faudrait sanctionner , d’autant plus que tous les moyens anticonceptionnels existent .Avec les recherches de l’ ADN c’ est possible de confirmer la paternité !!
    Quant au personnels soignants et aux responsables des états , ils sont devant leur appréciations du moindre mal dans leurs décisions ; Ce sont des questions de conscience .
    Il me semble , dans ces situations que l’ Église, les chrétiens doivent aider aux discernements et prudents dans les jugements de valeur et les sanctions .

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