Mystères de Natalia Trouiller et François-Xavier De Bouissoudy

0
121

Il est des récitations de chapelet, des méditations des mystères du rosaire qui peuvent dépasser le temps non pas imparti, mais habituel. Certes, la durée de la prière n’est en aucun cas un gage de qualité, de ferveur, de proximité avec Dieu, elle n’offre aucune garantie d’être mieux exaucée par unité de temps incrémental. Mais parfois, celui qui prie se bloque, ne peut plus avancer, et observe sa propre incapacité à poursuivre. C’est ce qui m’est arrivé lorsque j’ai prié avec comme support de méditation les poèmes de Natalia et les tableaux de François-Xavier que je découvrais. Un informaticien évoquerait la redoutable boucle sans fin, arguant que le temps est précieux, celui de l’homme ou de la machine. Un pécheur qui, comme moi, tente d’être catholique par intermittence, pensera plutôt à une parenthèse bénie de vraie contemplation, ou de ce qui s’en rapprocherait le plus.

Les textes de Natalia vous scotchent. Je suis désolé d’employer un terme du vocabulaire jeune et aux consonances de marque commerciale, mais c’est celui qui convient. Le lecteur est, quel que soit le mystère évoqué, comme renvoyé à l’incarnation, toujours présente en filigrane, comme un fil conducteur qui nous aiderait à progresser, ou un prisme qui nous permettrait de mieux éclairer le mystère. Mais ses mots surprennent aussi, et le lecteur-priant peut assez facilement être désarçonné. Il faut alors remonter en selle, reprendre le texte. La manducation est lente, mais le goût est bon parce que les textes sont beaux, riches dans ce qu’ils ouvrent de perspectives. Ce sont de belles trames de méditations, les siennes, où nous pouvons poser les nôtres.

Et puis il y a les peintures de François-Xavier. Elles sont simples et belles, monochromes mais chaudes. Elles surprennent parfois, elles forcent à s’interroger, à chercher à comprendre. Ces évocations picturales donnent elles aussi un chemin d’accès vers ces mystères à contempler. En ce sens, elles sont habitées et ne pourraient être réduites à de simples objets esthétiques. Il y a plus : l’art qui a présidé à leur réalisation est en soi une louange.

Natalia souffre au quotidien d’une maladie douloureuse et invalidante, et tous ces poèmes et ces peintures sont le témoignage de l’oblation de cette souffrance. A Dieu, bien sûr, qui n’a pas craint de s’incarner lui-même, souffrances comprises et combien ! Et à nous lecteurs. Peut-être que je me trompe, mais j’y vois l’œuvre d’une certaine grâce.

Bien sûr, quand du fait des contingences auxquelles nous sommes parfois soumis, la récitation de votre rosaire doit entrer dans un cadre minuté, inélastique, intangible, ne prenez pas comme support de méditation ce beau livre. Il est trop facile de s’y perdre, si tant est qu’une prière sincère puisse nous égarer. Mais ces poèmes et ces peintures sont des béquilles qui nous permettent cahin-caha de nous approcher un peu plus près de ces mystères. Alors merci les artistes et leur éditeur Première Partie.

Rémy Mahoudeaux

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici