Mon ami, mon frère,

Aujourd’hui, je partage ton incompréhension et ta peine. Le motu proprio Traditionis custodes du pape François abroge celui du Pape Benoît XVI (Summorum pontificum) et semble ajouter du sel sur des plaies dont j’avais l’impression qu’elles étaient cicatrisées ou presque. Certes, je vis dans un diocèse où il n’y a pas de guerre ni ouverte ni larvée : une place est faite à ceux qui préfèrent l’ancien rite. Juste ? Suffisante ? Généreuse ? Trop ? Ce serait stérile que de débattre d’une position de curseur quand le problème redevient booléen, hélas.

Je ne suis pas tradi, et je me garderai bien de décerner des brevets de catholicité en fonction d’une pratique liturgique. Bien sûr, il y a la possibilité que je n’aie rien ou pas assez compris, et qu’il aurait mieux valu que je me taise.

Ma réflexion sur l’unité de l’Église et sur les abus liturgiques s’est enrichie, un jour de Pâques, à Tunis, où j’ai assisté à la messe à la cathédrale Saint-Louis. À la fin de la messe, une grande partie de l’assistance d’origine noire et non maghrébine a repris l’Alléluia en chantant, en dansant, en tapant dans les mains et en entourant l’autel, « séquestrant » ainsi la procession de sortie durant de longues minutes de liesse.

Ma retenue ordinaire a-t-elle plus de prix aux yeux du Seigneur que l’exubérance de ces fidèles ? Cette manifestation joyeuse bafouait-elle la solennité de la fête ? Je ne le crois pas. Dénoncer ici un abus liturgique, ne serait-ce pas condamner David qui dansait devant l’arche d’alliance ? Des dérapages hors missel, il y en a sans doute plus chez les progressistes que chez les tradis. Dès lors, prendre prétexte des sorties de route commises par les tradis pour les marginaliser me semble s’exposer à un sermon sur l’évangile de la paille et de la poutre.

La liturgie que l’on érigerait en absolu, c’est une porte ouverte sur un possible fanatisme.  Cela ne veut pas dire que tout et n’importe quoi doivent être permis, que la liturgie soit accessoire. Il faut expliquer et comprendre la liturgie pour qu’elle devienne un chemin vers Dieu. Mais au final, Dieu ne jugera pas le thuriféraire sur son respect de la norme sur l’angle d’inclinaison de la chaîne lors de l’encensement mais sur l’amour dont il témoigne en faisant ce geste.

Et puis, catholique veut dire universel, pas uniforme.

Menaciez-vous l’unité de l’Église ? Je n’y crois pas un seul instant. Il est sans doute inepte de vous imputer des velléités séparatistes en filigrane comme, récemment, l’évêque de Dijon ou la Conférence des évêques de France dans son « retour sur expérience » de Summorum pontificum que j’ai personnellement trouvé partial et biaisé.

Alors je partage ta tristesse et j’espère et je prie pour que l’Église ne devienne pas celle d’un clan – celui des progressistes en l’occurrence – mais reste celle du Christ, avec ses ouailles imparfaites et différentes.

Rémy Mahoudeaux

Parue le 17 juillet chez Boulevard Voltaire

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