[Nous publions ce récit avec l’aimable autorisation de l’association SOS Chrétiens d’Orient. Article initialement paru sous le titre « Témoignage volontaire en Égypte – Les aventures de l’Abbé Martial à la mission » le 3/12/2020.]

Après un séjour aussi court que merveilleux auprès de la mission en Égypte, il m’a été demandé de relater brièvement ce que j’y ai découvert. Tel est l’objet du présent document. Bien évidemment, ce compte-rendu ne prétend ni à l’exhaustivité, ni à une froide objectivité. Il est plutôt question de décrire la mission de SOS Chrétiens d’Orient telle que je l’ai perçue dans un pays aussi bigarré que l’Égypte.

J’ai abordé ce déplacement en tant qu’ancien volontaire bien sûr mais aussi et surtout en tant que prêtre catholique, heureux de pouvoir humblement témoigner du Christ auprès du chef de mission et des volontaires.

L’ÉGYPTE

L’Égypte est un pays qui frappe par les contrastes qu’on y trouve. On passe de paysages éblouissants aux monceaux d’ordures du Caire. On navigue entre les rives du Nil et les bidonvilles. On devise gaiement le matin dans le quartier des ambassades (Zamalek) et l’on joue dans les orphelinats d’Ezbet-El-Nakhl l’après-midi… Une telle disparité peut paraître bien indigeste les premiers jours mais une fois dans le bain, pris dans le tourbillon des activités, on possède suffisamment de repères pour passer d’un environnement à l’autre.

 L’Égypte est également une terre riche de son histoire, de sa situation géographique et de sa nombreuse population. La présence marquée du christianisme et le sens du sacré universellement partagé imposent un respect et une dignité que nous avons pour une large partie perdu dans l’Occident chrétien.

Il faut cependant reconnaître que les relations humaines sont le plus souvent vécues sous le mode de la violence. L’invective est monnaie courante dans les conversations. Et une forme d’animosité règne dans de nombreux quartiers : on ne sait pas se parler calmement. Pour autant, une fois sorti de l’agglomération cairote, on trouve une atmosphère plus calme voire une grande paix si l’on s’approche des monastères du désert.

Quoi que contrastée, l’Égypte reste donc un pays captivant et attrayant à plus d’un titre. Et il y a quelque chose d’exaltant à voir le travail qu’on y peut réaliser (aussi bien du point de vue spirituel que du point de vue matériel).

Le séjour

  • Les débuts

Ayant atterri dans la nuit du 18 au 19 octobre, j’ai pu rencontrer les volontaires lors du petit-déjeuner du lundi 19. Comme à chacune de mes arrivées dans une mission de SOS, j’ai pu faire un constat assez simple : la présence d’un abouna intrigue voire « remue » quelque peu les volontaires. Mais une fois la glace rompue, nous étions partis pour 10 jours mémorables.

Les deux premiers jours, j’accompagnais le chef de mission pour diverses rencontres dans le bidonville d’Ezbet-El-Nakhl. C’est ainsi que j’ai pu retrouver Tassouni Maria, rencontrée en France en 2018. Au centre Salam où elle nous a reçus, j’ai mesuré l’impact du travail de sœur Emmanuelle pour les plus démunis, un travail qui se poursuit à travers l’engagement constant des filles de Sainte-Marie aidées bien sûr des volontaires de SOS.

Une dernière découverte dans le bidonville d’Ezbet fut la paroisse copte orthodoxe Saint-Georges qui accueille de nombreuses activités pour les personnes du quartier. Quand j’arrivai sur place, (le 19 octobre) les volontaires achevaient le chantier d’aménagement du toit en aire de jeu pour les plus jeunes. J’ai eu la grande joie d’assister à l’inauguration dudit toit le vendredi suivant 23 octobre.

Sans trop s’éloigner d’Ezbet, on peut se rendre au couvent de Matarya qui accueille quelques personnes âgées, parmi lesquelles l’inénarrable Mona (seule francophone). Les volontaires m’avaient informé de ce personnage haut en couleurs : je n’ai pas été déçu ! « Vous êtes prêtre ? Alors est-ce que les assassins et les voleurs vont en enfer ? » – « Oui, lui répondis-je, mais seulement s’ils ne se convertissent pas avant leur mort et il faut toujours espérer qu’ils se convertissent ! »… charmante conversation théologique avec une personne que je ne connaissais pas 10 minutes avant ! Autre anecdote qui fut un cas de conscience : les jeux de société que les volontaires proposaient à ces dames âgées. Après m’être attablé pour un de ces jeux de société, je m’aperçus rapidement que la triche était de règle, à un point où il fut difficile de jouer avec probité… mais passons !

Jérôme Cochet a également organisé une rencontre avec l’éparque d’Alexandrie Monseigneur Krikor Coussa, personnalité attentionnée et très proche de ses fidèles. Bien qu’évêque d’Alexandrie, il réside au Caire où il accomplit le travail d’un vrai pasteur soucieux de son troupeau. Préoccupé par les fidèles qui ne peuvent se rendre à l’église, il va d’appartement en maison pour porter les sacrements aux personnes les plus éloignées. C’est d’ailleurs dans l’une de ses églises (Sainte-Thérèse) que j’ai pu célébrer les Saints Mystères tous les jours.

  • La dimension spirituelle

Car il y avait bien la messe tous les jours et j’ai été le plus souvent accompagné par les volontaires. Cette dimension spirituelle, cœur de ma mission et raison première de mon voyage, m’a donné beaucoup de joie comme à chacun de mes déplacements avec SOS. La tâche d’un prêtre ou d’un religieux en mission concerne plus les volontaires que les autochtones qui ont déjà leurs abounas et leurs consacrés. Une fois de plus, à travers les sacrements, les enseignements, les discussions, les échanges en groupe ou en privé, le Christ m’a fait l’honneur de pouvoir témoigner de Lui et de pouvoir le donner aux autres par mes mains : quelle grâce !

Dans un pays biblique, indélébilement marqué par le christianisme, il était facile de faire le lien entre l’histoire de cette terre et l’histoire du salut, annoncé par les patriarches, réalisé en Jésus-Christ et porté par le témoignage de nombreux martyrs. L’Égypte concentre en son sein ces trois dimensions : elle a vu naître le plus grand de tous les patriarches (Moïse) ; elle a accueilli l’Enfant Jésus avec Marie et Joseph après le massacre des Saints Innocents ; et le sang des martyrs fut maintes fois répandu sur son sol. Tout cela a de quoi remuer le catholique occidental, passablement ensommeillé dans sa foi. Et ce qui est vrai pour tout fidèle l’est d’autant plus pour le prêtre qui doit sortir de son sommeil avant les autres pour accompagner leurs réveils.

  • Deux activités des plus poignantes

En me joignant aux activités des volontaires, j’ai pu me rendre compte de leur fabuleux travail de charité, aussi authentique que silencieux. Parmi ces différentes activités, j’en retiens deux : les visites dans les orphelinats et les maraudes.

À Abbasseya, les volontaires s’occupent en général d’un groupe de garçons le matin et de filles l’après-midi. Ces deux orphelinats ne manquent pas d’animation, c’est le moins qu’on puisse dire ! La situation de ces enfants est évidemment douloureuse mais la vie prend le dessus. Les volontaires viennent pour un temps d’enseignement du français, généralement suivi d’un temps de jeu. Le silence et la discipline sont parfois difficiles à obtenir mais quand un volontaire  réussit à éveiller la curiosité des enfants, le cours de français prend des allures de compétition : c’est à qui retiendra le plus de mots français. À regarder cela de loin, on ne regrette pas sa journée !

Le samedi 24 octobre à 23h, les volontaires se sont répartis en trois groupes pour effectuer des maraudes dans différents quartiers du Caire. Ce fut pour moi l’occasion de retrouver le monde de la rue. Je constatai rapidement que les codes de ce petit monde sont similaires, qu’on se trouve dans le Bronx, dans les rues les plus pauvres de France ou au Caire. La rudesse de la vie se retrouve dans la dureté des traits sur les visages : on sent bien que les gens de la rue ne se font pas de cadeau. Et pourtant ! Au milieu de ce monde acrimonieux, on découvre des personnes humbles et dignes dont le regard et le sourire valent infiniment plus que la modeste nourriture que nous leur portons.

Bien évidemment, il faut être préparé à rencontrer la contradiction : certains n’acceptent pas le colis de nourriture (une personne l’a même jeté sur mes genoux à travers la fenêtre ouverte de la voiture). On passe alors son chemin en priant pour cette personne, qui ne sait probablement pas ce qu’elle fait. Tout cela a quelque chose de poignant : c’est un souvenir que je ne risque pas d’oublier.

  • Les découvertes culturelles

Il serait trop long de détailler toutes les découvertes que j’ai pu faire : la visite du musée du Caire, l’église suspendue Sainte-Marie, l’église Saint-Serge et sa crypte où la Sainte Famille a séjourné et bien sûr le site impressionnant de Gizeh.

Je reste particulièrement marqué par l’excursion que nous avons pu faire le 27 octobre au monastère de Saint-Antoine. Berceau du monachisme, situé au milieu du désert, le monastère abrite aujourd’hui 130 moines : il porte en lui les siècles de prières silencieuse et retirée… si bien que la prière personnelle est aisée.

Il m’a été donné la grâce de prier quelques instants seul dans la grotte de Saint-Antoine : après avoir gravi les 1200 marches qui y mènent, on franchit un étroit passage dans la roche pour arriver dans ce réduit, exigu, loin de la lumière du jour : c’est l’endroit rêvé pour une prière prolongée et l’on comprend bien l’attrait du grand Saint Antoine pour ce lieu.

La rencontre avec un moine, abouna Rouis, fut particulièrement poignante : j’avais l’impression de rencontrer un père du désert aux sentences mystérieusement profondes et au comportement déconcertant ; un savoureux mélange de bon sens et de drôlerie. Sagesse percutante. En rentrant, nous avons pu faire une halte au bord de la Mer Rouge : dernière halte spirituelle et biblique. Au-delà de cette vaste étendue d’eau, on pouvait imaginer le Sinaï, le monastère Sainte-Catherine, Moïse et les tables de la Loi et bien sûr Élie rencontrant Dieu.

CONCLUSION

C’est sur cette contemplation de la Mer Rouge que s’achèvera ce récit, qui est une bonne description de notre état sur cette Terre. La mer nous empêchait de voir le Sinaï, lieu de la présence de Dieu. Notre monde est cette mer que nous sommes appelés à traverser dans la foi pour parvenir un jour à la vision de Dieu. Un jour, nous Le verrons face-à-face dans un éternel acte d’amour.

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