Nous aspirons, sans doute universellement, au beau, au bon, au juste et au vrai. Comment se fait-il dès lors que nous vivions sans renâcler dans un monde où règnent l’injustice et la violence, où la vérité est bafouée et où la laideur triomphante s’affiche et se pavane ? Quel échec !

Twitter n’est pas seulement l’infâme réseau social qui sert à amplifier les plus folles rumeurs pour exciter la haine, c’est aussi pour certains un forum qui joue le rôle d’un sanctoral. Le 18 février, c’est Sainte Bernadette Soubirous, et son édifiant «  Je suis chargée de vous le dire, pas de vous le faire croire » qui témoigne d’une exemplaire humilité. Et puis il y avait aussi Guido di Pietro, en religion Jean de Fiesole, plus connu sous le nom de Fra Angelico, déclaré Bienheureux par le pape Jean-Paul II en octobre 1983. Sa renommée comme peintre dépasse celle du prêtre, frère dominicain, prieur, né en 1400 environ et mort en 1455. Il est devenu en 1984 le patron des artistes.

L’art comme chemin vers Dieu

Fra Angelico a peint une œuvre magnifique. Il a su donner aux visages, surtout féminins, une grâce qui étonne, subjugue et enthousiasme ceux qui les contemplent. Son œuvre est exclusivement sacrée, elle illustre pour nous une page d’évangile, un pan de la vie d’un saint … et se fait ainsi un chemin vers Dieu. Quand Saint Thomas d’Aquin se sert de l’intellect, des concepts et du juste pour nous convertir, Fra Angelico use d’un sens, la vue, des formes et des couleurs pour produire du beau qui pourra être  perçu.

L’art comme un chemin qui permet d’accéder au vrai chemin, Jésus le Messie de Dieu, ce n’est pas nouveau. Pour ce qui me concerne, c’est un autre sens que la vue, c’est la musique sacrée (surtout prébaroque allemande) qui est la voie privilégiée entre mes sens et mon Dieu. La différence des goûts et des sens fait qu’il serait inepte de comparer le sublime « Noli me tangere » de Fra Angelico avec le magnifique dialogue entre Jésus et Madeleine dans l’Historia der Auferstehung Jesu Christi d’ Heinrich Schütz, bien que le sujet traité soit strictement identique.

Hiérarchie entre les œuvres

Bien sûr, il nous faut apprendre à ne pas faire de la représentation que nous admirons, qui séduit nos sens, une idole qui se substituerait à Dieu.

Désaccord conjugal récurrent : la hiérarchie entre des œuvres. Elle y est hostile, je pratique sans vergogne, et peut être aussi sans discernement, en me fiant à mes seuls sens. Il y a des constats qui démontrent la subjectivité de ces hiérarchies : par exemple elle aime Nicolas de Staël qui me laisse assez froid, elle reste indifférente au Gréco que j’apprécie. Est-ce qu’il y a une série d’échelle où l’on pourrait évaluer et comparer les peintres, les musiciens, les poètes ? Non, bien sûr. Et pourtant, je serais bien incapable de susciter la moindre émotion esthétique en usant d’un pinceau sur une toile ou en composant une mélodie. Cette échelle qui n’existe pas a bien un zéro, point d’origine de la graduation, un seuil en dessous duquel toute tentative de représenter du beau est vaine.

Attirer vers Dieu

Cette absence d’échelle absolue devrait-elle justifier un relativisme artistique ? Surtout pas ! Il faut refuser de regarder de la même manière des œuvres et des escroqueries comme le « Vagin de la Reine » exposé dans les jardins du château de Versailles ou le « sex-toy » gonflable géant qui a brièvement enlaidi la place Vendôme. L’art peut, parfois, transgresser une norme établie, pensons par exemple à la révolution de la polyphonie dans le monde du chant grégorien. Mais que cette transgression soit tentée pour le beau, non pas pour la gloriole du rebelle qui ne fait se pâmer que des cuistres.  

La métrologie du beau est donc un concept fumeux qui ne repose pas sur de l’objectif, du tangible. Mais, pour l’art sacré, il y a peut-être une façon de bien poser la question : si cette œuvre agit sur les sens de l’un de nous pour le tourner vers Dieu, alors, c’est gagné !

Rémy Mahoudeaux

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