Le projet de révision de la loi de Bioéthique n’est pas encore voté pour la troisième et dernière fois au Sénat avant son dernier retour à l’Assemblée nationale. Qui sait, peut-être qu’Emmanuel Macron, dans un sursaut de lucidité, hésitera, refusera l’obstacle. C’est peu probable, mais il sait bien que le consensus dont il avait fait une condition nécessaire en 2017 n’a pas été construit et que les débats n’ont pas été apaisés, comme il l’avait annoncé.

Bref état des lieux. Le Comité consultatif national d’éthique (dépassé et aux ordres ?) a détourné les résultats des états généraux de la bioéthique avec des conclusions partiales et non conformes aux consultations. Des parlementaires ont insulté leurs détracteurs en commission. Des manifestations plus que conséquentes ont eu lieu, d’autres n’ont pas pu se tenir, du fait de la crise sanitaire : hasard ou opportunisme du pouvoir ? Un passage en force, en juillet dernier, à l’Assemblée nationale, alors que d’autres textes pouvaient sembler plus prioritaires, a choqué. Le rapport bénéfice/risque politique de cette réforme est-il assez favorable pour s’acharner ? À l’heure où chaque Français est devenu immunologue et vaccinologue et glose à gogo sur cet outil, il est possible d’en douter.

Cependant, les militants du progrès sont déjà sur la brèche pour préparer la prochaine bataille. Ainsi, Olivier Cadic, sénateur UDI des Français de l’étranger, intervenait sur Public Sénat en avant-vente pour la gestation pour autrui, arguant du fait que comme ça se fait à l’étranger, il faut le légaliser en France.

Bien sûr, personne sur le plateau ne lui a fait remarquer que comme l’excision est pratiquée à l’étranger, il convient de la légaliser en France (humour glauque de second degré).

La simple décence pourrait dicter à ce sénateur de ne pas commencer sa campagne avant que la précédente loi ne soit définitivement votée. Cela pourrait gêner les hypocrites qui ont juré haut et fort que « Non, la GPA, jamais ! Quelle horreur ! » Il n’en a cure. Certes, il admet devoir avancer à petits pas, ce n’est pas la charge qu’il sonne, mais il avance. Et il prévient : l’absence de consensus ne le gêne pas. Pourquoi s’en encombrer quand on peut passer en force ? C’est beau comme du Jean-Pierre Michel et tout aussi populairement démocratique[1].

Dans un clavardage privé entre amis, l’un deux parlait de la fenêtre d’Overton. Je suis allé rafraîchir ma mémoire sur le sujet. Comme le statut d’une instance d’objet informatique, l’idée ou l’opinion passe successivement par plusieurs stades : impensable, radical, acceptable, raisonnable, populaire avant de devenir une politique publique. Des groupes de pression et des médias y travaillent et savent y faire sur de nombreux sujets. L’avortement qui est dépénalisé en 1975 et qui devient un droit fondamental sous la pression de « féministes ». Imaginer, jadis, un médecin donner la mort, c’était le comparer au docteur Mengele, et maintenant, des médecins militent pour l’euthanasie et le suicide assisté grâce au lobby de la mort. La dysphorie de genre n’est plus un trouble de la personnalité pour la Sécurité sociale depuis 2010, le lobby LGBT l’ayant exigé. La liste n’est pas close. Le transhumanisme avance à petits pas…

Deux réflexions.

Il serait bon que la simple promotion du bon sens quitte le statut « impensable » pour cheminer vers celui de politique publique.

Un doute m’assaillait à la lecture de la page Wikipédia sur la fenêtre d’Overton : n’aurait-il pas un brin plagié saint Augustin et son « À force de tout voir, on finit par tout supporter… À force de tout supporter, on finit par tout tolérer… À force de tout tolérer, on finit par tout accepter… À force de tout accepter, on finit par tout approuver ! » ?

Rémy Mahoudeaux

(Paru auparavant chez Boulevard Voltaire)

[1] Ce qui est juste, c’est ce que dit la loi. Voilà, c’est tout. Et la loi ne se réfère pas à un ordre naturel. Elle se réfère à un rapport de force à un moment donné. Et point final. C’est le point de vue marxiste de la loi.

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