Bien sûr, ce titre est un jeu de mot sur Ézéchiel 36, 26. Mais ici, l’orthographe nous désigne l’endroit où s’accomplit le sacrifice dans l’Église, et non l’organe symbolique de l’amour.

« Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. »

Véronique Lévy est une femme passionnée de Dieu. Son histoire personnelle et son itinéraire spirituel sont peut-être chaotiques, mais ceux qui l’ont rencontrée pourraient en témoigner : elle est habitée par cette foi très vive, présente, évidente. Elle lui insuffle énergie et force de conviction. Le mot « mystique » lui conviendrait bien, mais il véhicule parfois des connotations défavorables qui pourraient malheureusement s’avérer blessantes. Elle nous livre avec Chœur de chair publié chez Artège un livre de méditations dense et touffu où la féminité, l’Incarnation et l’histoire et la place de Marie sont comme trois fils conducteurs. Ils se nouent en une tresse pour embarquer le lecteur : un certain fil apparaît en premier plan, quand un autre a disparu un instant.

Ces méditations nous offrent un chemin sinueux. Elles commencent avec les défis de notre monde ayant perdu en grande partie sa spiritualité. Il est grand, le risque d’instrumentaliser les femmes et leur fécondité. Elles se poursuivent avec Marie de l’Incarnation, puis de sa jeunesse. Ensuite, nous plongeons dans l’Ancien Testament, d’abord avec Eve, puis avec les matriarches et enfin avec les héroïnes qui nous renvoient à des facettes de Marie et de l’Église. Véronique Lévy aborde aussi les noces, établissant un dialogue entre celles de Dieu avec son peuple Israël et celle de Jésus avec l’Église. Puis, les méditations concernent les femmes des Évangiles, parfois folles, parfois sages, ou même follement sages. Elles sont souvent anonymes, mais elles nous montrent une foi solide que pourraient leur envier certains hommes, et un évident chemin d’amour, de confiance et de conversion. La figure de Marie-Madeleine ne pouvait être oubliée, lui sont consacrées des pages émouvantes et profondes à lire et à relire. Enfin Véronique Lévy conclut en revisitant l’Apocalypse, dont elle pressent que nous la préparons en commettant tous les attentats contre la chair qui sont le lot de notre monde.

Magie de la lecture : chacun trouvera dans ce livre de Véronique Lévy des fruits spirituels différents de ceux glanés pas son voisin. Je ne peux parler ici que de ceux dont j’ai personnellement bénéficié, et je voudrais en mettre deux en exergue.

Il me semble chaque jour plus indispensable de re-judaïser notre foi. Le christianisme n’est pas né de rien, il plonge ses racines très profondément dans ce judaïsme antique, ancêtre de celui que Véronique Lévy a quitté lors de sa conversion. Le Nouveau Testament ne peut pas être compris s’il ne « dialogue » pas avec l’Ancien. J’ai pensé maintes fois à Aron Jean-Marie Lustiger en lisant ce livre.

Exceptons les actes de Jésus. L’acte le plus essentiel et le plus radical commis par un homme dans l’histoire du Salut l’a été par une jeune femme de Galilée. C’est le Oui libre et confiant de Marie au message de l’Ange Gabriel lui annonçant qu’elle va enfanter le Messie de Dieu. Certes, la grâce était là, présente. Marie est la pierre inaugurale posée de l’Église nouvelle. Une pierre faite de chair. Où qu’on aille dans le christianisme, on retourne à la chair.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici