Celui qui se pique d’écrire a dans sa tête, parfois, des tas d’ébauches de bouquins qu’il aimerait faire croître et voir grandir jusqu’à la maturité – en la matière, l’édition. Pour ce qui me concerne, la plupart ne dépassent que rarement la tentative de plan et le brouillon d’une introduction. Mon amie Clotilde Brossollet a, mieux que je n’aurais jamais su le faire, écrit un manifeste du non-parti catholique auquel je milite depuis longtemps : Catholiques de tous les partis, engagez-vous, publié chez Mame.

L’incohérence est là. Le peuple de France est passionné de politique, mais les catholiques français se font porter pâles et rechignent à l’engagement politique. S’ils sont actifs et peut-être même incontournables dans l’engagement caritatif, ils sont singulièrement absents pour indiquer la direction du bien commun – celui qu’ils perçoivent – dans les assemblées nationales ou locales qui régissent nos institutions et où ils sont trop peu nombreux. Avec la doctrine sociale de l’Église, ils ont accès à un corpus métapolitique, une boîte à outils d’une pertinence, d’une puissance et d’une cohérence conceptuelle que pas un principe ou une idéologie politique ne saurait approcher, et de loin. Mais cette lumière reste sous le boisseau. Et Clotilde Brossollet chemine sur un chemin de raison où les faits sont éclairés de la lumière des enseignements de l’Église pour secouer les catholiques et les inciter à entrer dans le bain eux-mêmes, en commençant par le commencement : le local.

Pas question pour elle d’occulter le scandale, littéralement une occasion de chute, que représente cet engagement possible. Elle n’élude pas les problèmes structurels des partis, ces lieux incontournables de l’engagement politique qui sont, objectivement, des structures de péchés, ni ne cache les risques de compromission ou d’erreur. Les catholiques qui s’engagent y gagnent surtout des horions et seront moqués pour leur attachement au bien commun. Tant de personnes, de partis ou de firmes prêchent consciemment ou non pour l’individu isolé de tout corps intermédiaire, seul face à ces deux monstres que sont le marché et l’État. La voix des catholiques ne saurait qu’être dissonante. Mais puisque la politique est la forme la plus haute de la charité, alors pourquoi hésiter ?

Je ne doute pas un instant que Clotilde et moi nous retrouverons dans de futurs cortèges et manifestations, portant les mêmes bannières. Espérons que les ans n’auront pas émoussé la fougue et auront accru le discernement. ! Bonne lecture et au travail …

Rémy Mahoudeaux

(auparavant publié chez Boulevard Voltaire)

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