Le FigaroVox a publié une tribune du cardinal Robert Sarah, préfet émérite de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements. C’est un texte curieux, un peu méditation, un peu exhortation. Il mérite d’être lu au calme, en silence, plusieurs fois, intériorisé. Les mots du vieux cardinal guinéen méritent cette attention pour tenter d’en saisir la subtilité, au moins en partie. Et vous qui me lisez, soyez bien conscients que je n’ai aucune garantie à vous donner sur ma juste compréhension de son contenu.

Le cardinal rappelle que l’Église n’est pas en charge de donner une cohérence à un monde qui n’en a pas, parce qu’il a perdu sa spiritualité. Rendre possible la rencontre de l’homme et de Jésus est son seul but, pour conduire l’homme à la foi. Ce n’est possible qu’à cause de la continuité du sacré, depuis les enseignements et la Cène de Jésus jusqu’à aujourd’hui. Que l’Église perde cette continuité avec une rupture dans la chaîne du sacré, elle y perdra sa cohérence séculaire, la confiance de ceux que cette rupture choquerait, et en définitive sa paix. Il appartient aux évêques d’œuvrer à l’enrichissement mutuel des formes liturgiques et à la cohabitation de ceux qui forment l’Église. Il conclut : « Nul n’est en trop dans l’Église de Dieu ! » (Et qu’il me pardonne d’avoir tenté de résumer sa tribune.)

Quelques réflexions personnelles.

En ce jour de l’Assomption, à mon arrivée dans l’église Saint-Patern de Vannes, la messe « des tradis » n’était pas encore terminée. Elle a débordé sur l’horaire, induisant un retard de la messe « des conciliaires » qui a suivi. Ces derniers auront pu, comme moi, constater la piété fervente et respectueuse et la vitalité démographique de l’assemblée des tradis. Les renvoyer au cliché de vieux croûtons nostalgiques relève de la désinformation.

Je reste un « militant » de la doctrine sociale de l’Église, outil métapolitique prodigieux d’intelligence et de cohérence. Elle gagnerait à servir de prisme de compréhension et d’action, y compris dans les sociétés déchristianisées ou ne l’ayant jamais été. Mais même si l’Église tient un discours pertinent et fécond sur l’état du monde, ce n’est qu’une tâche subsidiaire par rapport à son devoir d’organiser la rencontre des hommes avec Jésus. Le cardinal Sarah a raison de nous l’écrire.

Il y a un mot moderne et à la mode que je n’aime pas : disruptif. Il justifie en un langage de cuistre le changement auto-référent : le changement, c’est bien par nature, alors changeons. Je ne crois pas que le concile Vatican II ait été disruptif, même si sa lecture effective par certaines églises dont l’Église de France questionne. On se souvient, par exemple, de l’enfouissement ou des catéchismes qui ne parlaient plus de Jésus. Mais l’Église ne cède-t-elle pas à la tentation disruptive en décidant de faire du passé table rase ? Je ne sais pas répondre à cette question, mais me la poser me gêne déjà assez.

Et puis, « nul n’est en trop dans l’Église de Dieu ! », ça veut dire que tous ceux qui ne sont pas dans cette Église y ont pourtant une place. À nous de le leur dire !

Rémy Mahoudeaux

(Article publié le 15 Août chez Boulevard Voltaire)

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